10 ans plus tard…

Tous les mois, on vous reposte un article des précédents SLAB mag.
Pour le premier, on a choisi celui-ci. Un article écrit lors de l’apogée de l’IBA, il y a 2 ans de cela.
Aujourd’hui, le soufflet est un peu retombé mais croisons les doigts pour un futur meilleur.

« Article du SLAB issue 2 online »

« Non, ne vous inquiétez pas, cet article n’est pas une éloge laborieuse sur la vie du chanteur guimauve Patrick Bruel. Ne riez pas non plus, nous allons parler de choses sérieuses. 
Ne sentez-vous pas depuis quelques mois maintenant, le souffle d’une nouvelle ère planer sur le microcosme « bodyboard » ? Les signes avant coureurs d’une nouvelle mentalité autour de « Nous » ?

Cette réflexion m’est venue, il y a de ça quelques jours en lisant l’avis de photographes professionnels sur les bodyboarders.


Ceux-ci, sans froisser la main surfeuse qui les nourrit, affirmaient à demi-mots (mais mots quand même!) qu’ils prenaient vraiment plus de plaisir
 à shooter du bodyboard sur du gros slab velu, que de photographier la caravane du WCT à l’US open dans un mètre onshore entre 2 piers… Ouh la belle vérité que voilà ! 

Resituons-nous : 10 ans auparavant, le bodyboard atteignait l’apogée de sa plus belle crise. Frère pestiféré du surf, mis à la porte d’une entreprise familiale pourtant fleurissante.
 « Monsieur, nous sommes désolé. Nous allons vous licencier. Nous avons exploité et pillé vos ressources durant une petite vingtaine d’années mais aujourd’hui, 
vous ne nous rapportez plus rien. Prenez donc la porte. »

friends-(1-sur-1)
Photo / Mat Hemon

Voilà. La claque. Fin d’une époque. 

Les stratèges marketing de l’industrie du surf lourd avait sûrement planifié ce sacrifice depuis bien longtemps. Ce qu’ils n’avaient sûrement pas prévu, c’est la tournure que prendrait l’évolution, que dis-je la révolution du Boogie. Vexé, recroquevillé sur lui-même, le bodyboard fait son autocritique et tranche dans le vif. Exit l’image nian nian du jeu de plage à la cool, exit les compétitions « 360 to the beach », exit aussi la relation Dominant-Dominé. Le cordon est coupé. 

Depuis 10 ans maintenant, chaque génération de riders fait évoluer le sport dans le bon sens. Les 25/35 ans, en montant des boîtes « core », en créant des sections body dans les clubs, en gérant un investissement personnel de proximité. Bref, en ne laissant pas à la nouvelle génération, un bordel innommable, esclave de l’industrie du surf. La génération précédente, quand à elle, née pendant cette crise et dans une dynamique à « tout envoyer chier », a formé de jeunes riders, à l’esprit bien trempé et fier de leur sport.

À la question « tu fais quoi comme sport ? » l’ancienne génération répondait : « Euh, tu sais, du bodyboard, le truc en mousse comme le surf mais allongé. » Cette phrase énoncée devant quelqu’un qui ne connaissait en rien le monde du bodyboard m’a toujours profondément rempli de frustration. Non justement, pas « comme le surf… » Aujourd’hui, les mentalités bougent. À cette question, pourquoi ne pas répondre comme les gamins : « Du bodyboard. » Point barre. Aux chiottes les pseudo explications. 

Nourris de l’esprit Jackass Sadomaso, le petit gars est plus attiré par les gros reefs shallow et autres shorebreaks massifs, avec les « grands », que des sessions moisis sur des beach tout mou. 
Le temps fait bien les choses. 10 ans de maturité à ces idées et nous voici en 2010. Le phoenix renaît petit à petit de ses cendres et la reconnaissance extérieure se fait sentir. Du photographe de surf pro à la copine zellée en transe devant une vidéo de body, tous ont ces quelques mots : « Putain ces mecs sont barges, le body c’est vraiment trop fou. »

Petit rictus en coin pour nous. Jouissance.
 Des marques boogie 100% « core », des bodyboardshops, des compets sur des reefs de débiles. Voilà où nous en sommes, jusqu’où nous avons fait évoluer notre sport. Tout seul comme des grands, décomplexés, pauvres mais bien dans nos palmes ! 

Le bodyboard aurait-il enfin trouver sa véritable identité ? La où il y a quelques années notre sport avait un rôle de suiveur, l’abandon de l’industrie « surf » résonne encore comme un électrochoc dans nos consciences.
 Et si le boogie devenait précurseur. Dans les formats de compets, l’utilisation de nouveaux médias, la création artistique.

Bref une dynamique positive de plus en plus présente, qui fleure bon comme un retour de printemps. Honnêtement, il nous reste encore pas mal de boulot, et amener notre sport tout en haut sans l’aide du surf reste pour le moins utopique. Mais maintenant que nous savons qui nous sommes, le jour où les boss vieillissant des marques de surf partiront à la retraite avec leurs idées préconçues sur le body, de nouvelles têtes émergentes reconsidérons peut être notre cas et traiteront le bodyboard avec le respect qu’il se doit, sur un pied d’égalité. »

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